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Santé gaie, pourquoi ce terme ?

 

L'appellation décrit une vision holistique de la santé. Elle se fonde sur la définition donnée par l'OMS en 1946 : « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité. » En 1972, ce même OMS a par ailleurs reconnu officiellement le concept de santé sexuelle.

 

« Le fait d'aborder la prévention du VIH de façon à l'isoler des autres aspects relatifs à la santé des hommes gays et de diverses sources déterminantes d'influence sur la santé des gays, s'est révélé moins efficace » (Groupe national de référence, Canada). C'est pourquoi la nouvelle approche est donc globale, elle désigne par santé gaie divers aspects de la santé : émotive, mentale, physique et spirituelle de même que les liens relationnels entre ces différents aspects de la santé et les conséquences en terme d'affections notamment celle relative au VIH. Il faut aussi envisager les relations entre la santé, le bien-être des hommes gays et les facteurs de nature interpersonnelle, culturelle ou sociale, structurelle.

Santé physique, psychique, spirituelle et sociale. (site internet Dialogai Suisse)

 

« Les premières recherches menées dans le cadre du projet santé gaie auprès des gais de Genève montrent qu'ils ont une vision holistique de la santé. Ils expriment spontanément que leur état mental (santé psychique) et leur état d'esprit (santé spirituelle) influencent leur état physique (santé physique) et réciproquement.

 

Le fait est que si l'on se sent bien dans sa peau, si l'on est satisfait de son apparence, on se sent souvent mieux dans sa tête. Se sentir bien dans sa peau dépend de son état physique, psychique et spirituel, du regard que l'on porte sur soi (quel que soit son état de santé) et du regard que les autres portent sur soi.

 

L'acceptation de son homosexualité, le respect de soi-même, sont au cœur des préoccupations des gais.

 

Etre différent, faire partie d'une minorité, être gai, avoir peur d'être discriminé, être réellement confronté à des discriminations, avoir des habitudes de vie, des pratiques sexuelles différentes, fréquenter des lieux particuliers, a une influence sur notre santé et notre qualité de vie (santé sociale). Même si l'image des gais a évolué positivement ces dernières années dans notre société, dans la réalité, nous ne vivons pas encore dans un monde qui nous accueille et nous traite de la même façon que les hétérosexuels. Ne pas pouvoir dire qui l'on est et qui l'on aime, vivre dans la crainte d'être discriminé, a une influence défavorable sur notre santé. »

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Comment a évolué ces dix

VIH/sida et santé gaie : problématique générale

 

Depuis 20 ans les efforts de santé publique à l'attention des hommes gays se sont portés sur la question VIH/sida. Les dernières années ont été marquées par l'introduction de traitements puissants qui ont transformé l'infection VIH en Europe, Australie, au Canada et Etats-Unis. Celle-ci est passée d'une infection au pronostic pessimiste à une maladie essentiellement chronique. Ce changement a considérablement transformé les attitudes vis-à-vis de l'infection VIH. C'est pendant la même période que les pratiques à risques ont augmenté ainsi qu’un retour des infections sexuellement transmissibles (IST). Les cultures homosexuelles ont considérablement évolué avec un réinvestissement important dans la sexualité, le développement des sites de rencontres sur Internet et l'apparition du bareback. Face à ces phénomènes et au moindre usage du préservatif, des associations et des agences gouvernementales tentent diverses réponses dont celle de la santé gaie.

 

En Australie, au Canada, Royaume-Uni ou encore aux Etats-Unis, plusieurs recherches ont été menées sur les questions de santé et les déterminants de santé qui affectent la vulnérabilité des hommes gays face à l'infection VIH (addictions, santé mentale, économique et sociale). Ces recherches ont relevé plusieurs éléments propres à la population homosexuelle. C'est pourquoi, en 1999, l'association américaine de santé publique (APHA) a décidé d'une résolution appelant à plus de recherche sur les relations entre les maladies et l'orientation sexuelle. En juin 2001, l'American Journal of Public Health a consacré un numéro spécial à la santé gaie et lesbienne.

 

Parallèlement, plusieurs leaders de communautés homosexuelles et du monde de la prévention VIH ont lancé des appels réaffirmant l'importance de la santé et du bien-être des hommes gays comme approche innovante de lutte contre les contaminations VIH. Pour beaucoup de ces leaders, nous sommes maintenant dans l'ère post-sida, dans le sens où du fait de la baisse considérable du taux de contamination par rapport aux années 80 et l'arrivée des traitements puissants, nous sommes sortis de la phase de crise. De ces recherches et ces réflexions, il ressort que, pour continuer à lutter contre les infections VIH, il est apparu qu'il fallait s'orienter vers une réponse globale et répondre à l'ensemble des préoccupations des gays. C'est-à-dire aborder le VIH dans un contexte plus vaste de santé physique, mentale et sexuelle.

 

Ces réflexions ont amené de profondes modifications dans les programmes d'intervention anti-VIH en milieu gay dans plusieurs pays. Au Canada, le Groupe national de référence a proposé un nouveau plan stratégique de prévention VIH à l'intention des hommes gays. Celui-ci recommande de revigorer la prévention VIH en la repositionnant dans un contexte de santé gaie (2001). Depuis, plusieurs organismes de lutte contre le sida ont développé des centres de ressources en santé gaie. Au Canada, la plus grande association sida, Sero-zero est en train de se transformer en centre de santé, notamment vis-à-vis des hommes gays. Deux des plus anciennes organisations de lutte contre le sida, le Gay Men Health Crisis (New-York) et le AIDS project Los Angeles ont annoncé la création de l'Institute for Gay Men's Health. Ce phénomène touche non seulement les associations de lutte contre le sida, mais aussi le monde associatif gay et lesbien, comme par exemple en Ecosse où s'est mis en place le LGBT Health Scotland . La santé gaie intéresse aussi les pays non anglophones, par exemple la Suisse avec l'association Dialogai ou l'Espagne avec l'Asociació Stop-sida de la Coordinadora Gai-lesbiana.

 

En France, la situation évolue rapidement. Nous constatons les mêmes phénomènes au sujet de l'évolution de l'épidémie VIH : lassitude face au préservatif, augmentation des prises de risques, IST, fatigue du tissu associatif et fragilité du discours de prévention. Et depuis 20 ans, contrairement à la population d'usagers de drogues, l'infection VIH s'est maintenue à un niveau actif dans la population homosexuelle. Il y a là échec partiel des politiques de prévention.

 

Le plan national de lutte contre le sida 2005/2008 préconise de redéfinir les stratégies et les méthodologies d'intervention en prévention en intégrant les IST et une approche tenant compte des déterminants de vulnérabilité. Par ailleurs, la population homosexuelle est définie comme l'un des 3 groupes prioritaires avec les migrants et les départements français d'Amérique.

 

Ce travail sur les déterminants a commencé à être initié sans avoir pour l'instant reçu un important soutien ni obtenu l'effet de synergie souhaité. Les études restent isolées, pas nécessairement en lien avec les questions de prévention VIH. Parmi celles-ci, nous pouvons relever :

- les travaux sur la sur-suicidalité des jeunes homosexuels et la vulnérabilité face au VIH (étude Aremedia)

- les publications sur l'homophobie

- la recherche récente menée par le Kiosque Info Sida et l'Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie sur les addictions en milieu festif gay.

 

Depuis plusieurs mois, l'association Warning étudie l'approche santé gaie développée à l'étranger. Nous avons mené plusieurs interviews à ce sujet et avons déjà présenté au public l'un des leaders en ce domaine, Eric Rofes, lors d'une rencontre à la librairie parisienne Les mots à la bouche. Face au grand intérêt du public présent et parce que nous souhaitons offrir notre participation à la grande cause nationale Sida 2005, Warning organise le 28 et 29 novembre prochain une conférence internationale sur le VIH et la santé gaie. Nous connaissons tous les profondes évolutions de l'épidémie VIH en Occident et sa relation changeante avec le monde homosexuel. La dernière enquête presse gay nous incite à discuter d'urgence d'alternatives visant à renforcer la prévention et mettre la France au niveau international des discussions.

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